Ce matin, je vais signer un document important.  Un document qui mettra fin à mon contrat de travail pour raison de force majeure.  L’expression est bien choisie.

Je n’imaginais pas il y un an et demi, le 16 novembre 2016 que ma vie changerait à ce point.  Le 1er janvier, en créant Saperlipoppins au saut du lit, je ne savais pas de quoi je parlerais, les contours s’affinent, le dessin se devine.

Il y a quelques jours, je t’ai parlé de l’officialisation de mon « inaptitude définitive pour les non-sense jobs ».  J’ai lancé cette expression spontanément, à peine sortie de chez le médecin du travail.  Sur le moment, je l’ai traduit comme ça.  Et puis, je l’ai regretté.  Et finalement, comme tout est parfait, cela m’a simplement fait réfléchir.  L’information-clé est là, celle qui résume tout : non-sense.  Mais il n’avait pas de sens pour qui ce job ?

Et pourquoi je faisais ce travail alors ?  (inutile de lorgner, ceux qui me connaissent de près savent ce que je faisais, pour les autres, peu importe le job en fait ).  Je le faisais parce que je croyais qu’il me convenait.  Mais jamais, je ne m’étais réellement posée la question de mon équilibre intérieur ou de mon écologie personnelle.  Je me demandais, est-ce que je suis capable de le faire ? C’était la seule vraie question que je m’étais posée.  Est-ce que je vais convenir ?  Apparemment oui, puisque j’ai été engagée. Et l’inverse, est-ce que ça va me convenir ? Je n’y avais pas vraiment répondu.

Un jour, j’ai dû me plonger dans la question.

Pendant de très longues années, je n’ai pas écouté mon corps qui chuchotait, parlait, criait, hurlait et un jour, il a tout bonnement débranché la prise.  J’ai de la chance qu’il ait choisi cette maladie pour dire stop, j’ai de la chance d’avoir eu un médecin clairvoyant et que le mot burn out soit mis sur tout ça.  Grâce à cela, j’ai eu le temps, pour la première fois de ma vie, j’ai eu le temps.

Le temps de me soigner, de me rencontrer, de me connaître.  De faire des rencontres, d’être accompagnée, de me réfugier seule dans le silence et de regarder les oiseaux.

J’ai rencontré la Terre, d’abord à genoux dans mon jardin, ensuite j’ai pris un plaisir fou à faire monter la glaise sur le tour de potier.  J’ai perdu ma culture dans la permaculture, j’y ai retrouvé ma nature.  Ma nature d’animal humain.  Je nais, je vis, je meurs… comme l’ensemble du vivant.  L’info est là. Je VIS.  Je fais partie de ça.   De la Nature qui vibre au rythme des saisons.  Je peux penser comme elle, son intelligence est là, pleine de bon sens.  Et ma route s’est éclaircie.

Pendant tout ce temps, j’ai rempli des cahiers, des carnets, du papier.  J’ai gribouillé, j’ai peint, j’ai tracé des lettres, des mots, des lignes.  J’ai fabriqué des trucs utiles, des trucs inutiles, des trucs jolis, des trucs pratiques.  La créativité est une nécessité.  Je suis née pour créer, et en premier lieu ma vie.  J’ai trié, j’ai rangé, je me suis déconstruite brique par brique et une fois le tout bien dépoussiéré, j’ai remonté l’engin.  Autant te dire, il n’a plus la même forme.

Je me réjouis infiniment d’avoir réussi à réaligner les pièces et d’être suffisamment en vie pour continuer mon chemin.  Ai-je trouvé ma voie ? Probablement pas, mais j’ai trouvé les territoires que je souhaite explorer dès aujourd’hui.  Est-ce que je ne ferai plus de job alimentaire ? Je me poserai la question si j’ai faim.  Mais dans tous les cas, je ferai en sorte de lui donner un sens qui s’accorde à ma vie.  De touts petits ajustements peuvent faire passer du déséquilibre à l’équilibre. Cette dernière leçon, je l’ai reçue de l’ayurveda.  Depuis 5000 ans, ils savent comment fonctionne mon corps et je le découvre à peine, je l’expérimente un peu et je m’en réjouis déjà.

Mes territoires seront donc fait d’encre noire sur du papier dessin, de jardins, de poterie, de conception d’écosystème permacole, de méditation, d’ayurveda, de cartes mentales pour cerveaux en feux d’artifices et …  de ce que je ne peux encore imaginer vu d’ici.  Avec ces éléments, je pourrai concevoir un bel écosystème durable et joyeux.  Work in progress.

J’écris ces mots et je les publie pour honorer le souffle de vie en moi, celui justement qui m’a sauvé la peau en reprenant brutalement le contrôle.  Celui qui a obligé mon esprit à se taire et à laisser parler le corps.  J’essaye d’ « écouter mon corps quand il chuchote pour ne plus avoir à l’entendre crier ».

Un proverbe indien dit ceci : « Parfois, il nous faut faire une pause, pour permettre à notre âme de nous rejoindre ».  La pause fut longue, surprenante, bouleversante.  Mon âme devait être partie franchement loin.  Trop loin pour que mon corps-esprit ne le supporte.  Je me sens réunie, rassemblée.  Et toi, où est ton âme ?

Est-il nécessaire d’aller si loin pour se retrouver ? Peut-être pas.  J’ai eu le temps après avoir dormi pendant des mois, d’explorer mille pistes, d’être bien accompagnée, de lire des tas de bouquins, de croiser les infos, de revenir à l’essentiel.

Si tu ne te sens pas à ta place, que chaque journée est pénible, ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas un sort à endurer, c’est une information, tu peux en faire quelque chose.  Tu vas trouver ta recette.

Merci pour ton attention,

Je remercie absolument toutes les personnes qui m’ont cotoyée, subie, attendue, écrit, accompagnée.

8 commentaires sur « Raison de force majeure »

  1. “J’ai trié , j’ai rangé , je me suis déconstruite brique par brique….” merci pour ce texte et ces mots simples mais essentiels , ca fait du bien 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Comme je me retrouve dans ton texte. Tu es un peu plus avancée que moi vu que tu sembles avoir trouvé une nouvelle voie. Je me tâte encore. Merci d’avoir mis par écrit ton vécu. Bisous

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