Je sens sa force accrocher mes pieds à elle, j’entends qu’elle me dit merci.  Merci d’être là, à lui ouvrir le ventre pour parler d’elle…

Début d’automne, tôt le matin, mais pas trop tôt.  Le Soleil réchauffe déjà le sol labouré.  Nous avions rendez-vous au milieu des champs.  Suivre « Graines de Vie » et laisser les véhicules près de la Roulotte.

Le sommeil n’a pas encore tout à fait quitté les visages que je rencontre pour la troisième fois.  Tous réunis dans la lumière montante, des liens déjà très forts tissent une toile géante au milieu du large cercle formé pour prendre le temps de se saluer et de passer tous ensemble de l’instant « arrivée » à l’instant « début de journée » .

Bonjour !

Ce moment, où mon regard croise le sourire de chacun, où je peux lire, sur les visages, la nuit en train de se faire oublier.  Ce cercle nous relie.  Chacun à soi, aux autres et à notre hôte.  Nous sommes au bord d’un champ, les terres ici appartiennent à Hermann.  Il les tient de son père qui les tient de son père…

Notre hôte aussi timide qu’intimidant au premier abord se révèle rapidement aussi sensible que passeur de sens.

Il nous raconte sa terre.  Ce métier où finalement on n’a que 40, peut-être 45 chances pour « réussir son coup ».  Si l’agriculteur commet une erreur, c’est l’année suivante seulement qu’il pourra faire différemment, et si l’ajustement n’est pas suffisant, c’est l’année suivante qu’il pour inventer une nouvelle solution.  La Terre vit à son rythme et l’homme au cours d’une vie ne parcourt qu’un nombre infime de cycles s’il oublie de se relier à ces ancêtres et aux générations suivantes.

Il nous invite à commencer par regarder sous terre.  L’ouvrir pour regarder ce qu’elle a dans le ventre.  Plusieurs d’entre nous s’agenouillent spontanément.  Elle nous invite à venir plus près, à voir les couleurs changer à mesure que les hommes debout se relayent pour creuser un peu plus profondément et comprendre comment naît la terre nourricière.

En l’écoutant, je perds ma culture et j’entends la Nature.  Il me relie à cette terre.  Je sens sa force accrocher mes pieds à elle.  Je sens qu’elle nous dit merci, merci d’être là pour parler d’elle, la toucher, l’aimer.

Quand la Terre coule

L’espoir des saisons réussies face au désespoir de voir la Terre s’en aller à l’égout avec la pluie.  Voir sa seule richesse dévaler les pentes wallonnes et se dire qu’on y est pas pour rien.  Son gagne-pain qui s’en va et l’homme qui ne peut pas lutter quand la boue est déjà là et qu’elle emporte la terre qui pleure.  En entendant ces mots, j’ai compris que la Terre coule pour pleurer avec les paysans.

Il n’y a pas que la Terre qui s’en va.  La vie aussi.  L’enfant qu’il était mime devant nous l’épaisseur des herbiers d’avant et le désenchantement du jeune homme face à la diversité évaporée.  La prise de conscience d’un homme.  Faire autrement.

S’inspirer des Anciens, apprendre de la Nature et soigner.  Hermann nous explique comment ils organisaient leurs terres (avec le nom latin) et nous transmet le secret de la succession des animaux pour nourrir, soigner le sol et le rendre fertile.

Le paysan fait le paysage

Il nous raconte ses terres, l’histoire du lieu.  Il décode pour nous le paysage.  Pourquoi les parcelles ont cette taille.  A quoi servent les bandes d’herbes hautes qui les séparent et comment elles forment un réseau, un maillage, une membrane pour la vie.

Il nous montre ces petits arbres qui seront productifs dans … 20 ans ! Le compte est vite fait, il ne les a pas planté pour lui, mais pour les suivants.

En face, la forêt protège des pluies comme elle arrêtait les Romains.  Ce jour où j’ai compris que pendant longtemps la « frontière linguistique » était une forêt profonde et infranchissable, le visage de notre pays s’est transformé.  Oui, cette peur qui reste parfois en nous, est celle de ne pas arriver vivant de l’autre côté de la forêt.

L’odeur de la forêt

Juste après le champ, nous allons voir la forêt, il suffit de grimper sur la colline.  Cette fois, nous nous asseyons presque tous.  Tout est différent.  La sensation sous les pieds, la chaleur plus douce, l’humidité, les odeurs.  La forêt nous accueille et notre hôte nous dévoile les premiers mystères du sol noir et odorant, l’humus qui tire ses origines au même endroit que le mot « homme », une racine indo-européenne qui signifie Terre.

La forêt mérite des articles entiers, des livres même (et il y en a de fabuleux dont je vous parlerai prochainement).

Au coeur du potager

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S’il y a une chose qui transforme c’est pénétrer dans ce potager.  Ce n’est pas un lieu c’est un organisme vivant.  Dès que mon visage est entré en contact avec l’air doux et réchauffé par le soleil, le parfum des fleurs et des aromatiques n’a cessé de m’attirer plus au coeur. Hermann nous invite à s’installer là, au centre de la forme vibrante pour manger ensemble.  Il nous remercie au nom du potager.

Ce terrain nourrit plus de 100 familles, il alimente une épicerie et diverses céréales sont cultivées dans le champ voisin, même des lentilles !

Le lien au village est primordial.  De ce cocon rayonne la vie et c’est une magnifique entrée en terre de permaculture.

Un livre humain

Je pourrais écrire un livre entier sur tout ce que j’ai appris en une seule journée.  Sur le sens et la conscience qui se sont réveillés en moi.  De cette journée, je tire encore des « révélations » aujourd’hui.  Cette graine de vie s’est plantée en moi et je la sens grandir et fleurir.

Le passeur de sens : Hermann Pirmez

Paysan, passeur de sens, co-fondateur de Graines de vie, actif au sein de  Grez en transition et Terre et Conscience.

Le lieu : Graines de vie – potager, épicerie, restaurant et stages

A Nethen – Brabant Wallon

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site de Graines de vie qui vise à nourrir le village et cultiver un monde coopératif et solidaire.  Vous y trouverez toutes les informations sur les services et pour devenir coopérateur.

Il y a aussi une Page Facebook

Merci !

Ce texte s’inscrit dans une envie de partager mon Voyage en Terre ma culture, mon PDC.  

Sème et essaime ce texte si tu l’aimes.

Un commentaire sur « Graines de vie »

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